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mardi, 19 décembre 2006

Faisons un rêve !

L'atelier Ecriture de l'association est allé au Louvre. Après une visite studieuse, Simone est restée seule devant une scène biblique réalisée par un peintre italien de la Renaissance. Elle a laissé place à sa rêverie. Elle nous propose le texte ci-après.

oOo 

 

Je laisse mon regard errer sur les hauts murs recouverts de tableaux où des personnages gigantesques livrent de sombres batailles. Je m’arrête devant l’un d’eux, un mystérieux personnage vêtu de blanc, semble affronter une foule vociférant.

Je m’assieds sur une banquette, je regarde avec attention cette scène biblique, un rien violente. Le noble vieillard scrute ses agresseurs sans apparent effroi.

Je ferme les yeux un moment, saisie de fatigue et d’un grand trouble ; le sol se dérobe, je m’élève légère comme une plume, mon corps se dissout et s’imprègne des pigments de la toile. Me voici transportée 2000 ans en arrière, dans un univers de visages inquiétants, au sommet d’une colline.

La situation est scabreuse, j’assiste à une longue diatribe en Araméen. Miracle, je capte tout. Les furieux veulent lyncher le pamphlétaire. Celui-ci, calmement, leur tient tête magnifiquement :

"Mes frères, ne trempez pas vos mains dans le sang. Je suis pasteur, suivez-moi, je vous mènerai à la vie éternelle."

La masse hurlante n’a cure de ces belles paroles, poings tendus, bouches tordues, ils s’avancent dangereusement. Je recule effrayée, cherche mon salut, regarde derrière moi, c’est l’abîme, un pas de plus… et…..

Je bascule et me reçoit durement sur le sol. J’ouvre les yeux alors qu’un visage près du mien me dit avec un joli accent slave :

"Madame, Madame, le musée va fermer, vous êtes tombée, avez-vous mal ?"

Un peu vexée, je me relève, dignement je réponds ce n’est rien, je suis maladroite. Merci.

 

Une dernière fois je regarde le patriarche à la robe immaculée. Un doigt sur la bouche ; il m’indique de l’autre main « la sortie ».

Etourdie je pars avec l’impression qu’il me fait un imperceptible clin d’œil ! Mais est-ce lui ou un rai de soleil qui égaie son regard ?

 

Je sors avec la délicieuse sensation que les vendredis au Louvre sont digne de Belphégor ; les âmes qui habitent les tableaux se glissent dan notre imaginaire ; à nous de les percevoir et de les écouter, ne serait-ce un bref instant !!!

 

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